jeudi, septembre 18, 2008

re-resuite

Le lendemain matin, j'ai vu D et Ma. On ne fait pas de bruit, les autres dorment. Quelque chose me pousse à sortir dehors. Il fait beau, soleil, il vente un peu. Je vais me rassoir près du site du feu.

Je sens la Terre. Je la sens vivante, consciente. Je sens son immense conscience du Monde et de moi. Sa conscience est positive, forte mais douce. Amour, sûrement. Ça me dit, dans le même souffle de commencer ma pratique de Reiki et que cela sera bon pour elle aussi. Ça se résume à trois phrases mais c'était extrêmement puissant. Je sentais la Terre comme une alliée, une mère aussi, encore. Je me sentais soutenue, aimée. Je me suis mise à pleurer sans essayer de retenir le moment, juste en le savourant. J'étais bien. Et puis j'ai levé la tête et j'ai vu deux oiseaux de proie se laisser porter dans le ciel, danser. Quel moment d'extase ! J'étais remplie et j'avais ma réponse quant à mon futur.

Le soir, nous devons faire le trou dans la terre pour y passer la nuit. J'ai peur mais c'est pas trop pire : la sweat s'est bien passée, ça devrait bien aller. héhé

On marche une bonne partie de l'après-midi dans les bois. On ramasse des herbes que nous devrons mettre dans le fond du trou pour nous aider à passer la nuit. Moi et P. faisons les fous en chantant des chansons kétaines. On essaie de se mettre des chansons dans la tête. On rit beaucoup.

On revient, les bras chargés d'herbes. On fait des tests pour savoir quelles herbes sont les meilleures pour nous. Le temps se couvre et il passe vite, aussi.

On s'installe pour souper. Il est déjà un peu tard et je sens Marguit un peu nerveuse. Elle nous donne quelques indications . Creuser un trou, mettre au fond un matelas de sol, les herbes, un sac de couchage et par-dessus, une couverture qui cache le trou. On est dans le trou, on n'est pas supposé sortir de la nuit ni dormir. J'ai un peu peur et je suis déjà fatiguée de la promenade et des deux nuits courtes qui précèdent.

Je n'ai pas de pelle et pas de sac de couchage non plus. De me prête une belle couverture aux allures amérindiennes et Louis, une belle couvarte ordinaire. J'ai la mienne en plus, ma belle grande.

On part, paqueté comme des ânes, à marcher dans un sentier avec des herbes aussi hautes que nous. Je me dis, pas trop loin dans le bois. Je prends le premier boisé à gauche, bordé d'un champs en me disant que j'aime mieux ouvert. Je cherche mon spot. À un certain moment je vois des os dans une clairière. Comme j'arrive dessus, une belle corneille croasse. Hum, je pense que c'est un signe. Je reviens vers le centre où se trouve Marguit et ceux qui cherchent ou qui creusent. On est tous dans une diamètre d'une centaine de pieds, ou à peu près. Je fais part de ma découverte à une participante qui m'agace un peu. Elle me fait une réponse plate qui me fait douter... Je doute. Je retourne voir. Je vois d'autres spots mais que je trouve insignifiants. Je vais voir Marguit et lui dis pour le premier spot. Elle me répond que c'est très bien !

D s'installe dans le même boisé que moi. On est à une cinquantaine de pieds. Je dois attendre sa pelle. Je suis bien gênée. C'est dur à creuser. Je vois le travail qui m'attends et je suis un peu découragée. La nuit tombe vite. Dominique finit son trou et m'accompagne jusqu'au mien. Heureusement, elle a une lanterne. Je m'évertue à creuser pendant une cinquantaine de minutes. C'est très pénible. De grosses racines d'épinettes entravent mon travail. Il fait chaud et la terre est très humide. J'essaie de faire vite pour ne pas retarder Dominique.

J'arrive enfin à me faire un trou "pain à hot-dog" ou "sacorphage". Quand je me couche dedans, j'ai les bras repliés sur moi. Mais mon premier obstacle arrive vite : la terre pue ! J'ai mal au coeur, je pense vomir. Ça pue sans bon sens. Je suis un peu découragée. Je me dis qu'il me reste au moins 10 heures à passer là. Yark ! Je remanie mes couvertes et je mets ma grande dans le fond pour couvrir tout le trou et les bords. Je m'abrille avec les deux autres comme je peux.

Il fait noir. Je me couche puis me relève quelques minutes plus tard. J'avais mis une photo de mon papy dans mes affaires et je pleure en la regardant. "kossé que je fais icitte ?" Je fume et em décide à me coucher après avoir fait le rituel de protection et de remerciements à la Terre. Je laisse ma chandelle dehors, qui brûle. C'est tellement humide, y'a rien qui va brûler là !

Au début, je crois que dormir dans le bois le visage à l'air serait mieux que couvert. Faux ! C'est mieux de rien voir. Je m'étend et remonte la couverture sur mon visage. Je commence à avoir des visions. Une à la seconde. Des neutres, au début. Toutes sortes de choses, des yeux, des arbres... Et puis je commence à en avoir du lieu, de son histoire. Je vois des pendus, des esprits malveillants, des scènes de marais avec des animaux indescriptibles. Ça me dégoûte beaucoup mais je n'ai pas peur.

J'entend plusieurs choses se passer dans le chemin. J'entends une fille se faire mal et crier. Je l'entends crier une autre fois. Les chiens jappent. Ça bouge. Ça m'énerve.

Après quelques instants (deux heures environ depuis le début) je m'assois sur le bord du trou pour fumer une autre clope. J'ai entendu un bruit dans le bois : une branche craquée. J'ai snappé. Je me suis dit : je sacre mon camp d'ici. Je me suis levée, j'ai éteint ma chandelle, je me suis mis la couverture de Denise sur le dos et j'ai couru dans le bois avec me petite lampe de poche à cinq cennes. Une folie !

Je cours mais je ne veux pas déranger les autres alors je ne vais pas dans le chemin que je connais, je décide d'aller vers le champs, la lumière de la ferme du voisin. Les chiens abboient. Je cours comme une folle en me traitant de tous les noms. En voulant me rendre au champs, je tombe dans un fossé de six pieds que je n'ai pas pu voir. Je me rape un genoux. Je sors dans le champs pour me rendre compte que la ferme est bien plus loin qu'elle en a l'air. Je suis découragée. Je me convainc que la meilleure solution est de retourner au trou pour réfléchir. Je reviens sur mes pas, retraverse le fossé et me retrouve juste à côté du trou de D.

Je l'interpelle. Je suis dans un état émotif lamentable. Je pleure et je tremble de tous mon corps. J'ai la grosse guédille au nez. D. m'a super bien accueillie sans me juger mais sans me materner non plus. J'ai compris que je n'étais pas capable de demander de l'aide et que ça me faisait sentir comme un enfant : je ne veux pas me sentir comme un enfant, vulnérable et faible. C'est dangeureux. Je fume, je pleure, je parle, je me calme. (Grand merci D.). Elle me demande si je veux qu'elle aille me reconduire à la maison. J'aimerais bien mais je refuse. Je trouve que la meilleure solution est d'y retourner et d'essayer.

Je pars le coeur vraiment calme et me recouche dans mon trou.

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