On doit travailler pour préparer la sweat lodge : ramasser beaucoup de bois et quelques pierres pour mettre dans le feu.
L'après-midi passe doucement dans le labeur. Je me retrouve souvent auprès de Lyana, une fille douce et gentille qui a comme mission de parler plus, pendant le week-end. On s'amuse, on explore. On voit les autres passer avec leurs tas de branches. M. nous dit que les branches mortes qu'on ramasse sont les trucs dont on ne veut plus dans notre vie. Je nomme mes branches... les anciens rêves, les anciens boulots, les défauts ! Tout ! Vers l'heure du souper, je suis fourbue et mes souliers de course sont complètement trempés. Et que dire des mes pantalons.
M. dit : "pour se rendre au Grand Esprit, il faut travailler. Ça demande un effort." Je me dit que je suis bien partie. J'ai des appréhensions, c'est sûr. La dernière fois, qui était ma première sweat, je n'ai pas fait la dernière porte : je trouvais cela suffocant. Je me calme le mental. Je me dis que je ferai ce dont je suis capable, et c'est tout. Je me rassure dans le contrôle : je peux quitter quand JE veux. :-)
Je vois comment se construit une sweat lodge. Je vois les branches se plier. Je suis responsable de la cordelette qui attache les branches ensemble. C'est une super sweat, grande. Youppi ! On va avoir de la place.
On va souper. Un souper léger, soupe de la vieille avec un peu de viandes et du pain. On ne doit pas être trop plein et on soupe après, on fête. Je vais me préparer : mailhot, paréo, manteau. On fume une clope tous ensemble en regardant le feu. On ne parle pas beaucoup. On est en dedans. Louis filme un peu. Il vente et c'est frais. Je vois des étoiles. Je me départis de mon manteau et de mon paréo, j'enlève mes lunettes et me glisse dans la sweat avec ma quatre litres d'eau. C'est vrai que c'est grand. Je ne suis pas collée sur mes voisines, contrairement à la première fois : j'ai de la place pour mes jambes. Les pierres sont là mais il fait tout de même un peu frais. La chaleur sèche des pierres nous incommode un peu, tout le monde tousse. M. et P. tardent à entrer car ils doivent préparer le feu. Il n'y a pas de gardien du feu pour entretenir mais les pierres doivent continuer à chauffer.
Lé prend panique. Elle nous dit qu'elle doit partir, qu'elle ne se sent pas bien, qu'elle suffoque. L. tente de la rassurer. Une grande colère l'habite et elle finit par sortir. Elle dit qu'elle s'en va chez elle... Elle me renvoie à ma propre panique. Je résiste à l'envie de sortir, pour me sauver de moi-même. Je me calme peu à peu. On attend P. qui est allé récupérer la situation avec elle. Il revient : on peut commencer.
Il fait chaud mais c'est très supportable. Je me réfère à la Terre dès que je sens une angoisse monter ou un inconfort. Je plante mes paumes dans la terre fraîche et je lui demande de me supporter. M. ne nous fait pas sortir entre les deux portes. J'ai un petit mouvement de panique : va-t-il y avoir une sortie ? Je ne veux pas faire la sweat toute d'un coup : je veux avoir le choix. On fait la deuxième porte. Il fait plus chaud mais encore, c'est supportable. Je transpire beaucoup, je bois beaucoup. Je suis enchantée que ça soit supportable. Je suis capable d'écouter la prière des autres, de l'entendre même. Il fait très noir, on ne voit rien. Mais je sens. Je sens le grand désir des autres de faire bien, d'être bons. C'est extraordinaire. Ça fait du bien à l'âme de se sentir en communauté avec les autres, profondément. Nous sommes là, dans la sweat, dans le noir, presque nus. Nos artifices sont bien loin et parfois même, inexistants. Nous sommes tous des âmes assoiffées de bonheur, de bien-être et de dépassement.
On sort, avant la troisième. Ouf ! Ça fait du bien. Vent frais, clope, lunettes. Dix minutes. On retourne. C'est plus chaud. Mais pas TROP chaud. On prie. Je vois des choses, je sens encore plus les gens. Je sens d'où part leur prière dans leur corps. Mon corps résonne à leurs prières. Je réalise que je vais faire la quatrième porte. Je pleure. Je remercie la Terre de m'aider. Je suis aux oiseaux ! J'ai eu peur, les mains enflées, mal au dos mais je sais que je vais la faire.
On sort. Vent frais, clope, lunettes. M. nous dit de boire beaucoup que la quatrième est courte mais chaude. On entre. Je décide de me coucher sur le sol frais. On ne parle pas dans celle-là, c'est M, la chamane, qui parle. Elle nous fait faire le chemin jusqu'au Grand Esprit. Je suis bien. J'ai chaud mais pas trop. C'est plus chaud, ma main qui tient un pôle de la tente sens la grande chaleur. Je tiens bon. Je suis bien, sur ma Terre qui m'accueille.
M. a fini de parler : elle nous demande de chanter. Chanter quoi ? Heureusement, le OUM s'enchaine avant que je commence "c'est en revenant de Rigaud". Les gens chantent : c'est très beau. Je m'assois. Je chante. Ce fut merveilleux. J'ai eu des visions, le troisième oeil grand ouvert.
On est sorti, après un moment. En sortant de la tente je me suis dit : la Terre c'est ma mère. J'avais envie de pleurer. Je me suis assise près du feu. J'étais tellement bien, fière, remplie. On parle pas beaucoup, pendant au moins une heure. On est à l'intérieur, savourant tout. On est léger aussi, de tout ce qu'on a brûlé, sué, prié. C'est un moment de sérénité, de bonheur.
Après, on finit par avoir faim. On mange de la bonne ratatouille en gang en riant comme des enfants à des blagues triviales de pets. J'ai tellement rit. Wow !
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